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Glyphosate : les Etats membres votent pour une ré-autorisation de cinq ans

Herbicide largement employé dans le monde, le glyphosate est accusé de toxicité pour l’organisme. Parmi les risques répertoriés par le CIRC de l’OMS à Lyon, le cancer. Mais selon l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), qui s’est exprimée ce 15 mars, ce pesticide ne présenterait pas de caractère cancérogène…

Principe actif du Roundup, le célèbre désherbant développé par Monsanto, le glyphosate est bel et bien « dangereux pour les yeux. Et présente une toxicité pour les milieux aquatiques », a confirmé l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ce 15 mars. En revanche, ce produit employé pour ses propriétés herbicides « ne présente pas de risque cancérogène ». Pas plus qu’il n’a de raison d’intégrer la liste « des produits mutagènes ou fragilisant la fonction reproductrice ».

La discorde entre l’Europe et l’OMS

Une position corroborant celle de l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), mais allant à l’encontre du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS à Lyon, qui – en mars 2015 – avait confirmé le caractère probablement cancérogène pour l’homme (catégorie 2A) du glyphosate. Le pesticide est impliqué dans l’augmentation du risque de lymphome non hodgkinien

Pour affirmer le caractère non cancérogène de l’herbicide, l’ECHA s’est appuyée sur « 75 études révélant les risques pour la santé humaine et animale liés à une exposition au glyphosate ». Mais l’agence omet de prendre en compte le critère de la durée d’exposition pourtant essentiel pour jauger de l’impact sur l’organisme.

Autre donnée, le manque de transparence. Le parti Europe Ecologie les Verts avait en effet demandé la publication totale de ces 75 études auprès de l’EFSA, qui aurait opté pour une diffusion partielle. Mais aurait partagé dans leur globalité ces mêmes études avec l’ECHA. Cette agence impliquerait d’ailleurs « des experts au sein de son comité qui sont en conflits d’intérêts », s’est exprimée Michel Rivasi, députée européenne, vice-présidente du Groupe Verts / Alliance libre européenne (ALE).

A noter : l’autorisation du glyphosate sur le marché européen a expiré fin juin 2016. Les positions de l’ECHA et de l’EFSA – qui doivent être transmises à la Commission européenne – remettent donc en péril l’interdiction de vente de ce pesticide sur le continent.

Après le report du premier vote qui s’est soldé par un échec, dix-huit Etats membres ont finalement voté en faveur d’un renouvellement de la licence du glyphosate pour une durée de cinq ans, ce lundi 27 novembre.

L’Union européenne a fini par dire oui au glyphosate, ce lundi 27 novembre en comité d’appel. Après le report du premier vote qui devait avoir lieu le 25 octobre et l’échec du vote du 9 novembre qui n’avait pas abouti à une majorité qualifiée, les 28 Etats membres ont enfin tranché en faveur d’un renouvellement de l’autorisation de l’herbicide pour une durée de cinq ans.
Lors de ce vote décisif, dix-huit pays se sont prononcés en faveur de la proposition de la Commission européenne : la Bulgarie, l’Allemagne, la République Tchèque, le Danemark, l’Estonie, l’Irlande, l’Espagne, la Slovaquie, la Slovénie, la Finlande, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Suède et le Royaume-Uni. Neuf pays se sont opposés au renouvellement de l’autorisation du glyphosate, à savoir, la France, la Croatie, la Belgique, la Grèce, l’Italie, Chypre, le Luxembourg, l’Autriche et Malte. Le Portugal s’est quant à lui abstenu (Source : Le Monde) Le changement de camp opéré par l’Allemagne, qui s’était abstenue le 9 novembre dernier, a pesé lourd dans l’obtention de la majorité qualifiée – atteinte grâce à l’accord de 16 pays membres représentant 65 % de la population. Le pourcentage de population représenté par cette majorité qualifiée atteint 65,75%.

« Trouver des alternatives crédibles » d’ici trois ans

Seule victoire des opposants au glyphosate : la diminution de la durée de licence, qui devait être de dix ans à la veille du premier vote, finalement reporté. La Fondation pour la nature et pour l’homme (FNH) estime que « cette décision est une erreur historique, contraire aux enjeux de santé publique colossaux et aux attentes des citoyens pour une alimentation et un environnement plus sains ». L’ONG salue néanmoins la position du gouvernement français pour « se passer du glyphosate avant la fin du quinquennat, c’est-à-dire avant 2022 ». Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot a confirmé cette position : « Malgré le vote à Bruxelles, la France reste déterminée à sortir du glyphosate en moins de cinq ans. Nous travaillons avec tous les acteurs pour trouver des alternatives crédibles », a-t-elle twitté. Le président Emmanuel Macron a lui aussi réagi au résultat de ce vote sur twitter : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans. »

La FNH rappelle que « la clôture des Etats Généraux de l’alimentation, à la mi-décembre, est une excellente occasion pour enclencher en France une sortie progressive des pesticides, qui doit être adossée à un plan d’accompagnement massif des agriculteurs ».

Un compromis pragmatique pour la FNSEA

Pour la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) en revanche, cette décision est « un compromis qui n’a été possible que grâce au pragmatisme d’un grand nombre d’Etats membres européens et nous déplorons que la France ne s’y soit pas ralliée et ait choisi de faire bande à part ». La FNSEA indique dans un communiqué qu’elle a signé, « avec près de 40 organisations agricoles et de recherche, un contrat de solutions visant une trajectoire de progrès afin de réduire les usages, les risques et les impacts des produits phytosanitaires : l’objectif de ce contrat est de développer l’innovation, le conseil, la formation et l’adoption des alternatives de protection des cultures, pour répondre concrètement aux attentes sociétales sur l’utilisation des produits phytosanitaires, tout en garantissant la productivité et la rentabilité pour les exploitations agricoles et les filières ».

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