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Et si l’avenir de la médecine se trouvait dans l’intestin ?

Les micro-organismes présents dans le tube digestif : un domaine de la médecine en plein essor qui fait l’objet de nombreuses recherches au niveau international et suscite de nombreux espoirs.

Le microbiote, ou flore intestinale, désigne l’ensemble des bactéries, virus et champignons non-pathogènes (qui ne sont pas responsables d’infections) qui peuplent le côlon et l’intestin.

Les découvertes récentes sur ce « micromonde » niché dans le ventre, ouvrent des perspectives pour mieux comprendre voire guérir des maladies aussi diverses que le diabète, l’obésité, les maladies inflammatoires de l’intestin, certains cancers voire l’autisme.

Deux kilos de bactéries dans chaque système digestif

« Les pistes d’application sont considérables. C’est un sujet d’importance capitale » pour l’avenir de la médecine, souligne Patrice Debré, professeur d’immunologie à l’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris. Pour le moment, on reste toutefois largement dans le domaine du « potentiel », car on manque de « preuves directes » du lien entre microbiote et maladies, ou de l’efficacité des traitements envisagés, explique l’auteur de L’Homme microbiotique.

Ces dernières années, les progrès des techniques de séquençage génétique ont permis d’améliorer la connaissance de cet écosystème miniature. Chaque être humain héberge 100.000 milliards de bactéries dans son système digestif, d’environ 160 espèces, qui pèsent un à deux kilos au total.

Carte d’identité unique

Si certaines sont communes à un grand nombre de personnes, d’autres sont propres à chaque individu, ce qui fait de cet écosystème une carte d’identité unique, comme le patrimoine génétique ou les empreintes digitales.

Les chercheurs considèrent qu’il s’agit d’un « organe » à part entière, car il a été établi qu’il joue un rôle dans les fonctions digestives, métabolique, neurologique et immunitaire.

 Les bons microbes apprennent à nos défenses à lutter contre les mauvais.

Patrice Debré, professeur d’immunologie

Les déséquilibres de ce microbiote, liés à l’alimentation, à certaines mutations génétiques ou à des traitements (antibiotiques, chimiothérapies), peuvent donc affaiblir les défenses et contribuer au développement de maladies chroniques.

Ils pourraient aussi être à l’origine de certains cancers digestifs, une population de bactéries dérégulée favorisant l’inflammation et la transformation des cellules de la paroi du côlon en cellules cancéreuses.

 Pistes thérapeutiques inexplorées

Plusieurs projets de recherche tentent d’établir une « cartographie » du microbiote, pour identifier les populations de bactéries qui prédisposent à certaines maladies.

Et pour modifier la composition d’un microbiote déséquilibré, plusieurs pistes thérapeutiques sont explorées : l’alimentation, des antibiotiques ciblant les bactéries néfastes, ou l’implantation d’une souche de bactérie bénéfique (probiotique).

Les probiotiques sont de plus en plus souvent déclinés en compléments alimentaires, censés agir sur les bactéries intestinales, mais leur efficacité fait débat.

“Il faut s’accorder sur des normes”

Autre piste spectaculaire : le transfert fécal, qui consiste à introduire dans le tube digestif d’un patient une suspension bactérienne préparée à partir des selles d’un individu sain, ou du donneur lui-même avant qu’il reçoive un traitement tel qu’une chimiothérapie.

Cette dernière méthode a déjà prouvé son efficacité pour traiter les diarrhées récidivantes causées par la bactérie Clostridium difficile.

« Il faut s’accorder sur des normes et des critères d’efficacité », explique Patrice Debré. C’est à cette condition que les résultats obtenus par les équipes d’un pays pourront être vérifiés par d’autres, et qu’un consensus pourra émerger sur ce que le microbiote permet ou pas.

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